« Une écologie décoloniale » ou comment sortir de la double fracture de la modernité selon Malcom Ferdinand

[…] les Nègres Marrons devirent ceux qui préservent cette terre, qui prennent soin de cette nature, devenant les premiers écologistes modernes des sociétés créoles. – Malcom Ferdinand

À l’heure où le réchauffement climatique fait de plus en plus l’actualité… au grand dam de l’Humanité, l’auteur s’adonne à une analyse réflexive sur la question environnementale au XXIe siècle. Adoptant une perspective décoloniale, Malcom Ferdinand s’inscrit à contre-courant de la pensée environnementale « qui s’est construite sur l’occultation des fondations coloniales, patriarcales et esclavagiste de la modernité ». Issu de sa thèse intitulée « Penser, l’écologie depuis le monde caribéen : Enjeux politiques et philosophiques de conflits écologiques (Martinique, Guadeloupe, Haïti, Porto Rico) », M. Ferdinand tend à analyser la notion de « l’écologie coloniale » mais également d’exposer « l’écologie décoloniale » et enfin de proposer une écologie renouvelée, « l’écologie-du-monde ». Il adopte pour cadre de pensée la Caraïbe, là où se concentrent « les expériences du monde depuis les histoires coloniales et esclavagistes ».

On le sait, le bassin caribéen fut marqué par l’impérialisme, la violence, le viol, l’esclavagisme, la traite négrière, mais aussi la « destruction de paysages » qui « nouèrent violemment les destins des Européens, Amérindiens et Africains ». Dans le cas des Antilles françaises, c’est, entre autres, le scandale du chlordécone, un pesticide utilisé dans les champs de bananeraies de 1972 à 1993 qui « entraina une contamination des terres agricoles pour une durée allant de soixante ans à plusieurs siècles ». Le chlordécone, produit hautement toxique, « molécule cancérigène et un perturbateur endocrinien […] affectant l’ensemble des écosystèmes de la Martinique et de la Guadeloupe », mais également la santé de la population passant par « une diminution de la gestation, augmentation de risque de naissance prématurée, affecte négativement le développement cognitif et moteur pendant la petite enfance et favorise la survenue et la récidive du cancer de la prostate ».

Revenir à parler d’une « écologie décoloniale » est indispensable notamment pour les personnes racisées. Pour M. Ferdinand, l’écologie décoloniale « propose une autre conceptualisation de l’écologie, une qui prend en charge doublement la question écologique et la question coloniale ». Ceci nous invite à nous interroger sur le rapport du corps noir et sa consommation dans un monde blanc eurocentré en « pansant corps Nègres et corps écologiques », le rapport à la terre, la notion de l’habiter colonial ou encore le Négrocène face à l’Anthropocène et la Plantationocène, la question de l’écoféminisme dans un monde patriarcal, l’importance des Neg marrons – premiers écologistes modernes des sociétés créoles –, de comprendre ce que l’on entend par la « double fracture de la modernité » (sépare les questions coloniales et les destructions environnementales), de penser l’écologie politique, de sortir de la « cale moderne », de faire monde.

Malcom Ferdinand, Une écologie décoloniale. Penser l’écologie depuis le monde caribéen. Seuil, 2019.

Malcom Ferdinand est docteur en science politique de l’université Paris Diderot et chercheur au CNRS (IRISSO). Situées au croisement de la philosophie politique, des théories postcoloniales et de l’écologie politique, ses recherches portent sur l’Atlantique Noir et principalement la Caraïbe. Il explore les articulations et intersections entre les questions politiques, l’histoire coloniale et les enjeux d’une préservation écologique du monde. Sa thèse s’intitule « Penser l’écologie depuis le monde caribéen : enjeux politiques et philosophiques de conflits écologiques (Martinique, Guadeloupe, Haïti et Porto Rico) ».

Pour aller plus loin :

Agir par la culture. « Décoloniser l’écologie – Entretien avec Malcom Ferdinand », 26 octobre 2020. https://www.agirparlaculture.be/malcom-ferdinand-decoloniser-lecologie/.

Anh, Quốc. « L’écologie décoloniale: la nécessité de décoloniser l’écologie ». Mediapart. https://blogs.mediapart.fr/qu-c-anh/blog/300919/l-ecologie-decoloniale-la-necessite-de-decoloniser-l-ecologie.

Ferdinand, Malcom. « La littérature pour penser l’écologie postcoloniale caribéenne ». Multitudes 60, no 3 (2015): 65‑71. https://doi.org/10.3917/mult.060.0065.

Ferdinand, Malcom, et Mélissa Manglou. « Penser l’écologie politique depuis les Outre-mer français ». Écologie & politique 63, no 2 (2021): 11‑26.

Outre-mer la 1ère. « Malcom Ferdinand, chercheur au CNRS : penser l’écologie depuis le monde caribéen [Interview] ». https://la1ere.francetvinfo.fr/malcom-ferdinand-chercheur-au-cnrs-penser-ecologie-monde-caribeen-interview-755225.html.

Seumboy. « Pour une écologie décoloniale ». Extinction Rebellion. https://extinctionrebellion.fr/blog/2019/07/17/pour-une-ecologie-decoloniale.html.

Turquety, Diane. « Une écologie décoloniale de Malcom Ferdinand : pour une écologie-monde ». En attendant Nadeau (blog), 14 janvier 2020. https://www.en-attendant-nadeau.fr/2020/01/14/ecologie-monde-ferdinand/.

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