Lucette Michaux-Chevry: La « Dame de fer » a déposé les armes

Le 9 septembre dernier, Lucette Michaux-Chevry dite la « Dame de fer » ou « Grand Madamn la » nous quittait, emportée par la maladie. C’est un monument de la vie politique guadeloupéenne qui disparaît laissant derrière elle un parcours politique rempli de succès, mais aussi taché de polémiques et démêlés judiciaires. Appréciée par certains, décriée par d’autres, la « Dame de fer » aura, à coup sûr, marqué les esprits par son engagement et sa détermination pour défendre les intérêts de la Guadeloupe.

Née en 1929, elle est la quatrième d’une fratrie de 10 enfants. Elle obtiendra quelques années plus tard une licence en droit et en 1954, elle prêtera serment au Barreau de Basse-Terre devenant ainsi avocate. Sa carrière politique débute en 1959 en tant que conseillère municipale de Saint-Claude. Initialement engagée au Parti socialiste, elle s’inscrit à droite (RPR) en soutenant la candidature de Valéry Giscard d’Estaing à la présidentielle de 1981. Par la suite, elle devient conseillère générale de la Guadeloupe de 1976 à 1994 puis présidente du Conseil général de 1982 à 1985. Entre temps, elle créée son propre parti politique « Le Parti de la Guadeloupe (LPG) et en 1987, elle devient maire de Gourbeyre.

Crédits: Getty Images / PASCAL George

Sa carrière politique ne cesse de progresser : elle deviendra députée, secrétaire d’État chargée de la Francophonie (sous le gouvernement Chirac II), présidente du conseil régional de la Guadeloupe (1992), ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de l’Action humanitaire et des Droits de l’Homme (sous le gouvernement Balladur de 1993 à 1995). Elle devient par la suite sénatrice de la Guadeloupe (élue en 1995 puis réélue en 2004).

Crédits: Getty Images / GEORGES Bendrihem

Le 1er décembre 1999, le monde politique guadeloupéen connait un événement majeur : la Déclaration de Basse-Terre. Sous la houlette de Mme Michaux-Chevry accompagnée d’Alfred Marie-Jeanne et d’Antoine Karam (respectivement présidents du conseil régional de la Martinique et de Guyane), il s’agissait de demander une modification du statut de ces départements et de mettre en avant certaines problématiques. 

Crédits: Getty Images/ LANGE Jacques

Dénonçant, en partie, une dégradation continuelle depuis de nombreuses décennies avec comme observation une « destruction systématique de l’initiative locale; un affaiblissement des filières productives; un assistanat généralisé ou encore un taux de chômage croissant (en moyenne 30%) soit deux fois plus de l’Hexagone ».

Après la révision constitutionnelle du 28 mars 2003, le 7 décembre est organisé un référendum où la population guadeloupéenne (mais aussi de la Martinique, de Saint-Martin et de Saint-Barthélemy) est invitée à se prononcer sur la création d’une Assemblée unique c’est-à-dire la fusion du Conseil général et du Conseil régional en une seule et unique institution et créant de surcroit une collectivité territoriale unique. C’est en partisane du « oui » que la Dame de fer tentera de convaincre la population à cette possible évolution institutionnelle. Elle cherchera notamment à valoriser, sur le plan national, l’identité guadeloupéenne tout en maintenant les liens avec la République.

C’est sans inquiétude que nous accueillons cette réforme constitutionnelle [du 28 mars 2003]. En effet, ce sera la première fois depuis la loi d’orientation pour l’outre-mer, qui a créé le congrès et ainsi permis que s’engage le dialogue entre les deux assemblées de la Guadeloupe et de la Martinique, que nous pourrons dire ce que nous souhaitons : ce ne seront ni l’Alsace, ni la Bretagne, ni la Picardie, ni l’Aquitaine qui parleront en notre nom […]. Aujourd’hui, nous disons que nous pouvons le faire dans la République, avec la République, mais dans le respect de notre identité propre » (Intervention de Lucette Michaux-Chevry 2003).

Cependant, la population guadeloupéenne se prononce à 72,98% des suffrages exprimés contre la création d’une Assemblée unique et donc la possibilité de toute évolution institutionnelle en Guadeloupe. C’est une défaite pour Mme Michaux-Chevry que certains avaient accusée de faire le jeu des groupes indépendantistes. Lors des élections régionales de 2004, elle perdra son siège en tant que présidente du conseil régional en face à Victorin Lurel (Parti socialiste), partisan du « non » qui deviendra ainsi son successeur.

Crédits : France-Antilles Guadeloupe

Cet échec n’est toutefois pas un frein à sa carrière politique qui continue de progresser : elle sera maire de Basse-Terre (de 1995 à 2001 puis de 2008 à 2014). Elle sera également présidente de la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe (de 2012 à 2019).

Toutefois, la carrière politique de la « Dame de fer » fut entachée de polémiques et démêlés judiciaires. En 2002 par exemple, elle est condamnée par le Tribunal correctionnel de Paris à 20 000 euros d’amende pour « favoritisme dans l’attribution de marchés publics ». Elle était poursuivie pour « avoir attribué sans appels d’offres, entre 1992 et 1994, des contrats d’agrandissement ou de construction de lycées ». La même année, elle est condamnée dans une affaire « pour usage de faux » et dans une autre, condamnée avec sursis « pour abus de confiance ».

En janvier 2019, elle démissionne de ses fonctions à la présidence de la communauté d’agglomération Grand Sud Caraïbe et sera placée en garde à vue (avec sa fille Marie-Luce Penchard ainsi que son petit-fils Alexandre Penchard) dans les locaux de la DIPJ. Ils doivent « s’expliquer sur des mouvements financiers et des travaux présumés effectués à titre privé ». « Des doutes subsistent sur des ententes possibles entre les divers protagonistes et des entrepreneurs, qui en contrepartie auraient obtenu des marchés publics de la ville [de Basse-Terre] ou de la communauté d’agglomération ». Elle a été déclarée « coupable de non-respect du Code de l’environnement et de la santé et de favoritisme dans l’attribution d’un marché public et condamné à deux ans prison avec sursis, interdiction définitive d’exercer une fonction publique et cinq ans d’inéligibilité, le tout assorti de 100 000 euros d’amende ».

En juillet 2020, elle est « entendue par la police « sous le régime de la garde à vue » dans le cadre d’une enquête financière » dans le dossier du « financement de la campagne électorale d’Ary Chalus (actuel président du conseil régional de la Guadeloupe) de 2015 ». La même année (décembre), elle est condamnée en appel pour ne pas « avoir contrôlé la production et distribution en zone polluée par le chlordécone, une eau tirée d’un captage illégal de surcroît, pour pollution de l’environnement en raison d’un défaut d’équipement d’assainissement », mais également pour une affaire de « favoritisme dans l’attribution d’un marché public relatif au transport ».

Un an plus tard, soit le 9 septembre 2021, à l’âge de 92 ans, la « Dame de fer » déposera les armes. Entourée des siens, elle laisse une marque indélébile dans le paysage politique local et national. Connu pour ses prises de positions bien tranchées et son caractère bien trempé, elle ne cessera, tout au long de sa carrière politique de défendre les intérêts de la Guadeloupe.

Que la terre vous soit légère Mme Michaux-Chevry.

Crédits: Getty Images \ GERARD Malie

Détails des fonctions et mandats (de 1976 à 2020)

1976-1982 : conseillère générale de la Guadeloupe (élue dans le canton de Saint-Claude).

1982-1985 : présidente du conseil général de la Guadeloupe.

1982-1994 : conseillère générale de la Guadeloupe (élue dans le canton de Gourbeyre).

1986 : députée de la Guadeloupe.

1986-1988 : secrétaire d’État auprès du Premier ministre, chargée de la Francophonie.

1987-1995 : maire de Gourbeyre.

1988-1993 : députée de la 4e circonscription de la Guadeloupe.

1992-2004 : présidente du conseil régional de la Guadeloupe.

1993-1995 : ministre déléguée auprès du ministre des Affaires étrangères, chargée de l’Action humanitaire et des Droits de l’homme.

1995-2001 puis de 2008-2014 : maire de Basse-Terre.

1995-2011 : sénatrice de la Guadeloupe.

2000-2005 : présidente d’Objectif Guadeloupe, puis présidente d’honneur à partir de 2005.

2012-2019 : présidente de la communauté d’agglomération du Sud Basse-Terre puis Grand Sud Caraïbe.

2014-2020 : adjointe à la maire de Basse-Terre, chargée des finances.

Conseillère du président de la République.

Membre du bureau politique du Rassemblement pour la République.

Membre du Conseil économique et social.

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