19 OCTOBRE 1983: LA CHUTE DE MAURICE BISHOP

Le 19 octobre dernier, la Grenade commémorait le 38e anniversaire de la disparition de Maurice Bishop, ancien premier ministre (1979-1983). Présenté comme un révolutionnaire, il reste à ce jour un personnage mythique de la scène politique caribéenne.

Crédit photo: backpast.org

Adoptant l’idéologie marxiste (notamment grâce à ses différents voyages en Europe de l’Est), Maurice Bishop décide de construire un projet politique dans le but d’abattre le néo-colonialisme et l’impérialisme gangrénant la Grenade selon lui : l’objectif, in fine, est de prendre le pouvoir.

Dès 1970, il s’engage dans différentes actions politiques et sociétales de l’ile: cela passe par le soutien aux infirmières étant en grève à l’hôpital général de St Georges ou encore sa participation à une conférence en 1972 en Martinique avec plusieurs organisations indépendantistes discutant, entre autres, des différentes stratégies à adopter en vue d’une décolonisation complète de la Caraïbe.

En 1973, nait le New Jewel Movement (fusion entre le Movement for Assemblies of the People (MAP) et le Joint Endeavor for Welfare, Education and Liberation) avec Maurice Bishop à sa tête. Parti d’opposition face au Premier ministre de l’époque Eric Gairy dont le gouvernement est considéré comme étant un régime autoritaire, les premières tensions apparaissent. Le 18 novembre 1973, les membres du NJM sont arrêtés, emprisonnés et maltraités par les forces de l’ordre :  c’est le Grenada Bloody Sunday. Bishop n’est cependant pas déstabilisé par cet événement : il fonde le People’s Revolutionary Government (PRG) avec à ses côtés, Bernard Coard, vice-premier ministre du gouvernement révolutionnaire du NJM.

Quelques années plus tard, c’est un coup de tonnerre qui s’abat sur la Grenade. Maurice Bishop et ses alliés, profitant de l’absence d’Eric Gairy (déplacement à l’ONU) décident de prendre, sans violence, le pouvoir en suspendant la constitution : Maurice Bishop est désormais le nouveau premier ministre. Il peut désormais mettre à exécution ses projets politiques dont, entre autres, la mise en place de plusieurs réformes à caractère socialiste. À l’international, Bishop se rapprochera de plusieurs partenaires dont l’URSS, de mouvements anti-apartheid en Afrique du Sud ou encore de Cuba qui sera son principal allié.

Cependant, l’arrivée brusque de Bishop à la tête de l’île n’est pas du goût des États-Unis, pratiquant le maccarthysme et donc étant à l’encontre de la politique marxiste adoptée par Bishop. Par exemple, Ronald Reagan (président des États-Unis de 1981 à 1989) accusera le Premier ministre grenadien « de vouloir utiliser la longue piste d’atterrissage de l’aéroport [projet de construction à l’initiative de Bishop et faisant appel à son allié cubain, Fidel Castro, ennemi du pays de l’oncle Sam] comme base d’atterrissage pour les avions militaires soviétiques ». Voulant à tout prix retarder la propagation du socialisme sur la Grenade et le reste de la Caraïbe, les États-Unis décident de procéder à une invasion de l’ile et ce, sans l’aval du Conseil de sécurité des Nations Unies.

Maurice Bishop (gauche) et Fidel Castro (droite). Crédit photo : barbadostoday.bb

Bien que proposant des idées novatrices pour l’ile comme la gratuité de la santé ou encore la lutte contre l’analphabétisme, le gouvernement Bishop rencontre des difficultés notamment au niveau économique. L’année 1983 marque la fin de règne de Maurice Bishop.

Partageant le pouvoir avec Bernard Coard (vice-premier ministre), ce dernier est beaucoup plus radical que Bishop (étant plus modéré), les relations se détériorent. Le 13 octobre la situation est telle que les membres du NJM (proches de B. Coard) décident de placer Bishop en résidence surveillée. Le 14 octobre, Coard se proclame Premier ministre. Bishop sera libéré par la foule le 19 octobre, mais tombera quelques heures plus tard sous les balles de l’armée révolutionnaire du peuple (People’s Revolutionary Government of Grenada), tuant 3 autres de ses confrères. Les corps ont été transportés dans un camp militaire et partiellement brulés puis enterrés dans une fosse dont le lieu reste jusqu’à ce jour inconnu. Par la suite, « un Conseil militaire révolutionnaire, dirigé par le général Hudson Austin, allié de Bernard Coard, prend le pouvoir dans la soirée ».

Le 19 octobre 1983, Maurice Bishop disparaît laissant place à l’invasion américaine de la Grenade le 25 octobre suivant : c’est l’ « Operation Urgent Fury » qui durera jusqu’au 2 novembre de la même année. Cette intervention renversant le Conseil militaire révolutionnaire et de surcroit tout type de régime communiste sur le sol grenadien fut vivement critiquée à l’échelle nationale et internationale notamment par les pays du Commonwealth tels que le Canada ou encore le Royaume-Uni. L’opération est condamnée par un vote de l’Assemblée générale des Nations Unies. 

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